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1 – La gauche française ? (suite)
Elle adore la politique, oui mais dans l’opposition

Écrit le 13 novembre 2007 par Jiceo

Le PS n’est pas un parti politique, malgré l’illusion qu’entretient son nom.

Nombreux parmi les gens de gauche, électeurs ou adhérents ne sont pas des militants politiques, quoi qu’ils en disent. Ils adorent les campagnes électorales ; ils ne se lassent pas des grands meetings où l’on peut se lâcher et se réjouir des bons mots censés clouer au pilori l’adversaire, souvent considéré et traité en ennemi. Ils ne se lassent pas de mani­fester contre, forcément contre, et d’accuser sans fin, de vouer aux gémonies tous ceux qui n’ont pas l’intelligence de penser comme eux. Ils se délectent sans retenue des séances de questions au gouvernement, chaque semaine à l’Assemblée nationale. Répétitions atrabilaires où, en fait de questions, celles de l’opposition (état naturel dans lequel s’identifie instinctivement la gauche française) sont conçues comme des tirs de sarbacane. Récidives lancinantes où l’intérêt exclusif des questionneurs aux réponses ministérielles est de s’offrir un prétexte ; celui de s’adonner au tapage de rigueur mêlant invectives et claquement de pupitres. S’opposer c’est crier. S’opposer c’est dénigrer. Au demeurant, il ne leur a jamais traversé l’esprit que leur fournisseur de curare (la vieille culture politico-romantico-littéraire) leur délivre un sous produit frelaté tant, législature après législature, les mêmes pointes sont toujours suivies de la même absence d’effet. Elles sont censées réduire au silence le gouvernement ; malfaisant, forcément malfaisant. Mais, la droite n’est pas curarisée. Non seulement elle respire encore, mais elle se porte très bien.

Intransigeant

Elles adorent la politique nos grandes âmes de gauche ; oui mais dans l’opposition. En revanche elles ne l’aiment plus la politique, en raison des conséquences induites, lorsque les partis de gauche sont en charge des responsabilités. Leur propre image se brouille à leurs propres yeux puisque la caractéristique principale du travail gouvernemental, dans une démocratie, est de com­poser en permanence avec la diversité des intérêts, avec l’imprévu, avec la mise en œuvre des perspectives de long terme sans jeter aux orties les équilibres du moment, etc. Bref le gouvernement, enserré dans les contingences du monde terrestre, transige sans cesse puisque telle est la na­ture profonde de la démocratie. Or, «l’homme de gôche» lui ne transige pas. Voilà son drame. Ce qu’il croit être sa force est sa faiblesse. A moins que, au fond, sa seule ambition ne dépasse pas le désir de s’incarner comme conscience morale du monde. Proclamer qu’on veut faire de la politique tout en s’efforçant de n’être jamais en situation de responsabilité. Voilà la subtile alchimie qu’essaie d’entretenir la gauche française.

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