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« Agathe Cléry », miroir coloré du monde vivant

Écrit le 3 décembre 2008 par Jiceo

Bravo Ă  Etienne Chatiliez pour ce miroir vivant que nous tend « Agathe ClĂ©ry »; une approche lĂ©gère et enlevĂ©e d’un sujet trop souvent lestĂ© des prĂ©jugĂ©s de l’orthodoxie morale. Le parti pris de la comĂ©die musicale suscite une distance avec le rĂ©cit, lui donnant ainsi un ton juste: sujet sĂ©rieux traitĂ© sans se prendre au sĂ©rieux. Parmi les chorĂ©graphies, certaines sont de vrais petits moments de bonheur comme le ballet des managers sur le quai du Thalys, ou ce dĂ©fi amoureux sur le tempo du flamenco.undefined

« Agathe ClĂ©ry » est probablement plus pertinent que les tombereaux d’Ă©tudes et de rapports aussi savants que bien-pensant dĂ©versĂ©s en continu par la sociologie, la politique, les associations, les mĂ©dias. Parce que au lieu de discourir sur les attitudes d’autrui (les racistes, les autres, forcĂ©ment les autres) le film nous tend un miroir; Ă  nous autochtones blancs de souche comme Ă  nous autochtones black-beur de la 2e ou 3e gĂ©nĂ©ration issue de l’immigration.

Pas de leçon, juste quelques portes entrouvertes

Nous nous y retrouvons car nous y reconnaissons (nous pouvons y reconnaĂ®tre) nos petits et grands dĂ©fauts ; Ă  des annĂ©es lumière de cette bonne conscience morale qui plombe la vie intellectuelle de ce pays, le nĂ´tre, et qui se borne Ă  dĂ©noncer, dĂ©noncer sans fin les fautes de la sociĂ©tĂ©, de ses institutions, manière commode de renvoyer Ă  autrui la responsabilitĂ© d’un Ă©tat de fait, en s’imaginant soi dĂ©chargĂ© de toute responsabilitĂ© personnelle, par essence puisqu’incarnant la bonne parole; posture Ă©ternelle de tous les donneurs de leçons.

Ici pas de leçon, juste quelques portes entrouvertes, laissant Ă  chacun le soin de les pousser ou non. Dans ce miroir vivant, Etienne Chatiliez extirpe les citoyens noirs et autres beurs de la caricature dans laquelle les bien-pensant (souvent de gauche) voudraient les contenir: les black-beurs c’est la banlieue, et la banlieue c’est black-beur. RĂ©duits au statut de victime, forcĂ©ment victime, certains ont d’ailleurs appris Ă  s’en accomoder avec profit. A contrario, dans l’univers ouvert d’Etienne Chatiliez, loin des clichĂ©s, on voit des noirs entreprenants prendre en main leur vie.

Vaincre la mentalité de victime

Le rĂ©cit met en lumière cette grande qualitĂ© de l’humaine nature, le signe de sa phĂ©nomĂ©nale vitalité : sa capacitĂ© d’adaptation. Anthony Kavanagh en patron-crĂ©ateur de sa boĂ®te de service informatique illustre cette aptitude Ă  s’Ă©vader de sa condition initiale, Ă  ne pas demeurer prisonnier de ses propres reprĂ©sentations; ni des premières ni des suivantes. MĂŞme si l’accident dĂ©clencheur fut une attitude de blanc banalement raciste. Et quand le principe de dĂ©part (« ici on n’embauche aucun blanc ») ne tient plus, alors on s’adapte Ă  nouveau. On dĂ©passe des principes devenus obsolètes, mĂŞme si ce sont les siens. C’est la marque du monde vivant.

Le moteur principal de la rĂ©ussite c’est de croire Ă  sa propre Ă©toile. Ce qui impose d’avoir vaincu la mentalitĂ© de victime, d’assistĂ©. Le film a quelque parentĂ© avec cette nouvelle vague littĂ©raire issue des cultures africaines noires ou maghrĂ©bines. Celle qui a dĂ©cidĂ© de prendre en main son destin, en s’extirpant du statut de victime.

Je pense par exemple Ă  Gaston Kelman, ce citoyen bourguignon noir auteur de ce roboratif « Je suis noir et je n’aime pas le manioc ». On y lit ceci: «Alors je voudrais dire aux Noirs que le problème n’est pas d’avoir Ă©tĂ© colonisĂ©s. Tout le monde l’a Ă©tĂ© de manière plus ou moins brutale. Le problème est de rĂ©ussir Ă  se libĂ©rer l’esprit des sĂ©diments nĂ©gatifs qui ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s par la colonisation.»

Je pense encore Ă  HĂ©lĂ© BĂ©ji et son essai lucide « Nous, dĂ©colonisĂ©s ». On y lit ceci: «Chacun de nous, dĂ©colonisĂ©s, porte en lui cette faille immense. Tant que nous ne voudrons pas nous interroger lĂ -dessus, tant que l’Occident nous paraĂ®tra toujours la cause de tous nos maux, rien de grand ni de noble ne sortira de nous. Nous cèderons toujours Ă  la complaisance et Ă  l’irresponsabilitĂ©, et, d’une certaine manière nous nous sentirons toujours dĂ©pendants.» Le film de Chatiliez s’inscrit dans cette dynamique de la libĂ©ration ; qui vient de l’intĂ©rieur, nĂ©cessairement.

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