« Victimes de Madoff »
N’ajoutez pas l’irresponsabilité à la niaiserie
Ils sont impayables les gogos. Je parle des vrais gogos; pas des petits qui piégés par une publicité racoleuse achètent un produit miracle à 50 euros. Non, je vous parle des vrais gogos. Ceux qui, supérieurement diplômés, ont pignon sur rue et s’enflent du jabot au fur et à mesure que s’enfle leur compte en banque. Ceux qui sont habités par la certitude de ne devoir leur réussite et l’ascension sociale qui l’accompagne qu’à leur seul génie personnel.
Vite, un bouc émissaire !
Et puis un beau jour, nos fiers héros des temps modernes perdent de leur superbe. Éblouis par les promesses mirifiques d’un certain Madoff (cette fois-ci; la prochaine fois ce sera un autre) ils se retrouvent Gros-Jean comme devant. Pourtant, elles étaient belles ces promesses réservées à une élite, n’est-il pas? Car, chez ces gens-là monsieur, on ne mélange pas les torchons et les serviettes. On sépare bien le vulgum pecus contraint au Livret bleu à 2,5% et les génies du business moderne qui eux ont accès à une rémunération de leur épargne (pardon de leurs investissements) digne de leur génie: 15%, 20%, voire davantage. Mais voilà, une fois plumés nos petits génies de la réussite personnelle n’ont même pas la pudeur d’assumer leur niaiserie. Et, s’empressent de chercher un bouc émissaire à leurs déboires financiers.
Un cercle de happy few
Le titre du Monde de ce jour est éloquent, tristement éloquent: «Les victimes du scandale Madoff mettent en cause les cabinets d’audit ». Certes, la tragédie est à la hauteur des illusions perdues, c’est-à-dire de la fonte des fonds. Mais, avoir le privilège de placer ses économies chez Madoff présuppose l’appartenance à un cercle de happy few, « qui ne doivent leur réussite qu’à leur génie » et où l’admission se fait par sélection naturelle, en quelque sorte; déterminée par le nombre de zéros avant la virgule sur le compte en banque. Lui-même déterminé par le génie personnel de son titulaire. Et du coup, l’information du «Monde» prend un caractère indécent, au plus haut point.
Le scandale est moins constitué pas les opérations de haute voltige financière d’un Madoff que par la niaiserie de ceux qui lui ont confié leurs économies. Il faut être sacrément diplômé pour croire (croire est le mot clé) qu’on peut bénéficier indéfiniment de 15%, 20% ou 30% de bonus annuel quand la production globale de richesse, la croissance économique, plafonne à 2%, 3% ou 4% par an. Mais, le miroir aux alouettes est un attrape-gogos universel. Il s’adapte aux volatiles qu’il appâte. Et le tableau devient pathétique quand les « victimes » qui « ne doivent leur réussite qu’à leur génie » ajoutent l’irresponsabilité à la niaiserie.
Clients dorés sur tranche bénis des dieux
Certes les cabinets d’audit sont fautifs, mais pas seuls. Ils font partie d’un ensemble où les uns s’appuient sur les autres pour conforter leur ignorance et conjurer l’incertitude du monde vivant. Fautifs également, les banquiers et autres rabatteurs de fonds qui laissent croire à leurs clients dorés sur tranche qu’ils peuvent eux bénéficier de 15% de bonus par an quand leurs compatriotes abonnés au Livret bleu doivent se contenter de 2,5%. Certes les banquiers sont coupables, s’appuyant sur les sociétés d’audit pour échapper à leur propre responsabilité. Certes les sociétés de bourses sont fautives pour leur aveuglement. Certes les « gendarmes de la bourse » sont fautifs pour leur apathie. Oui tout cela est vrai. Mais les clients qui croient au Père-Noël, tout de même… Ils auraient été bénis des dieux, eux, pour obtenir des bonus de 15% par an quand la piétaille des épargnants se contenterait du rendement du Livret bleu?
Allons chères « victimes ». N’ajoutez pas l’irresponsabilité à la niaiserie. La coupe est pleine. Les sociétés d’audit et de notation sont coupables. Mais votre avidité est première.


