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Election européenne
DĂ©jĂ  sans politique le PS sera bientĂ´t sans voix

Écrit le 8 juin 2009 par Jiceo

N’avoir comme programme politique qu’une rhĂ©torique antisarkozyste ne mène pas loin. A l’instar de François Bayrou le PS se voit prĂ©senter la note au soir du renouvèlement du parlement europĂ©en. Elle est salĂ©e. RĂ©sultat peu flatteur pour un parti qui a la prĂ©tention de gouverner le pays. Sans politique le PS se retrouvera bientĂ´t sans voix. Manifestement il ne suffit pas de crier au loup, dans une dĂ©mocratie, pour sĂ©duire les Ă©lecteurs. Ça eut payĂ©, mais ça ne paie plus. Il en faudrait un peu plus que les sempiternelles rodomontades antisarkozolibĂ©rales pour sĂ©duire des Ă©lecteurs lassĂ©s de la vieille langue de bois socialiste. Il faudrait au parti Socialiste une politique pour qu’il redevienne un parti politique. Mais, non seulement le PS n’est pas un parti politique, mais ce n’est mĂŞme pas sĂ»r que les militants le veuillent!

Vu de l’intĂ©rieur, le PS n’est pas un parti politique

Huit ans de cotisation au PS, huit ans de bavardage stĂ©rile, le prix d’une leçon de rĂ©alisme : le PS n’est pas un parti politique. Et, la gauche française n’est pas prĂŞt de gagner. Elle n’en a d’ailleurs pas envie. Il lui faudrait pour cela Ă©laborer un projet politique en prise directe avec les contingences terrestres. Et ça, elle n’en veut pas. Certes, elle sait jouer Ă  la conquĂŞte du pouvoir. Elle en maĂ®trise les codes, les tics et le langage. Mais elle ne veut pas des responsabilitĂ©s associĂ©es.

Congrès de Reims ou pas, le cirque continue. Oui, mais tout le monde (militants, journalistes…) fait semblant de croire que le problème du PS est un problème de leadership, que le spectacle n’est qu’un combat de chefs. Rien n’est plus faux. Cela n’est que la surface des choses. Comme l’ocĂ©an vu de la cĂ´te se laisse voir comme un reflet scintillant jetĂ© sur des gouffres sombres qui, masquĂ©s Ă  la vue se font oublier. Mais, la surface de l’ocĂ©an n’est Ă  chaque instant que la rĂ©sultante des forces qui lui donnent vie (soleil, courants, vent, ressac…) comme la direction du parti n’est que la rĂ©sultante des forces internes qui le constituent. Et le problème du parti socialiste n’est pas un problème politique. C’est un problème culturel;  un problème de reprĂ©sentation du monde. Le militant du PS c’est Don Quichotte qui se voudrait homme d’État, mais sans descendre de sa monture. Impossible. Il faut choisir: c’est l’un ou l’autre.

Nombreux parmi les gens de gauche, adhĂ©rents ou sympathisants ne sont pas des acteurs politiques, quoi qu’ils disent d’eux-mĂŞmes. Ils adorent les campagnes Ă©lectorales, les grands meetings oĂą l’on vibre aux bons mots censĂ©s clouer au pilori l’adversaire. Ils ne se lassent pas de manifester  » contre « , forcĂ©ment  » contre  » et de brocarder tous ceux qui n’ont pas l’intelligence de penser comme eux. Ils se dĂ©lectent le mercredi des sĂ©ances de questions au gouvernement Ă  l’AssemblĂ©e nationale, trĂ©pignant de bonheur chaque fois que, croient-ils, le coup portĂ© par l’un des leurs va clouer le bec au gouvernement. Ils tombent en pâmoison devant « Les Guignols » dès que Nicolas Sarkozy entre en scène.

VoilĂ  l’horizon politique de la culture (dominante) de gauche. La politique n’est pas le lieu lĂ©gitime de l’affrontement entre des vĂ©ritĂ©s Ă  jamais partielles et provisoires. Dans la culture (dominante) de gauche la politique est ce lieu de pouvoir occupĂ© (usurpĂ© serait plus juste) par la droite (incarnation du mal) qu’il convient de dĂ©loger pour qu’advienne, ipso facto, le bien ; car c’est Ă  partir de lĂ  que va s’enraciner puis rayonner sur la terre entière la future sociĂ©tĂ© idĂ©ale, parfaite, achevĂ©e. MĂŞme s’il n’est plus explicite, le mythe du grand soir demeure l’arrière plan mĂ©taphysique de la pensĂ©e de « gĂ´che ». Dans cet univers mental la droite est une survivance illĂ©gitime du passĂ©. Sa dissolution naturelle dans la future sociĂ©tĂ© parfaite signera le salut de l’humanitĂ©.

La politique oui, mais dans l’opposition

Mais curieusement elle est vivante elle, la droite, puisqu’elle accepte de dĂ©ployer sa vivacitĂ© dans la contingence du monde tel qu’il va ; vivacitĂ© justement conçue comme une composante de cette contingence, comme l’expression d’une subjectivitĂ© en acte. Alors que la pensĂ©e de « gĂ´che » est incapable elle de se penser comme subjectivitĂ©. Elle se croit essence en devenir, et du coup ne peut se rĂ©soudre Ă  la confrontation d’Ă©gal Ă  Ă©gal avec les pensĂ©es de droite.

Elles adorent la politique nos grandes âmes de gauche ; oui mais dans l’opposition, Ă©tat naturel sous lequel s’identifie instinctivement la gauche française. En revanche elles la supportent mal lorsque les partis de gauche sont en charge de l’appareil d’État. Leur image se brouille Ă  leurs propres yeux puisque la caractĂ©ristique principale du travail gouvernemental, dans une dĂ©mocratie, est de composer en permanence avec la diversitĂ© des intĂ©rĂŞts, avec l’impondĂ©rable, avec l’incertain, avec l’imprĂ©vu. Bref le gouvernement, enserrĂ© dans la contingence du monde terrestre, transige sans cesse. Or, « l’homme de gĂ´che » lui ne transige pas. C’est un saint. VoilĂ  son drame.

La conscience morale du monde

Au fond, « l’homme de gĂ´che » se voudrait la conscience morale du monde. Et rien d’autre ; surtout rien d’autre. Il ne peut s’imaginer que dans le beau rĂ´le, celui de prescripteur, mais prescripteur irresponsable, comme il se doit ; la morale seule est noble. Toujours assurĂ©e d’une forte cohĂ©rence interne car jamais prise en dĂ©faut sur ses intentions, quand l’action quotidienne est vile car jamais assurĂ©e des rĂ©sultats promis et escomptĂ©s.

Chez les gens de « gĂ´che » on redoute la victoire Ă©lectorale autant qu’on vĂ©nère la posture morale, toujours victorieuse elle, par essence ; d’oĂą la prĂ©dilection pour les stratĂ©gies perdantes. Gagner les Ă©lections expose Ă  devoir rendre des comptes, et pas nĂ©cessairement conformes Ă  ceux prĂ©sumĂ©s. Aussi, dès lors qu’une possibilitĂ© de victoire s’ouvre dans l’enchevĂŞtrement des contingences, de subtils mĂ©canismes de dĂ©fense Ă©closent en contre-feu. Un des arguments favoris qui resurgit rĂ©gulièrement Ă©marge encore au registre de la sempiternelle morale : « PlutĂ´t perdre [les Ă©lections] que perdre son âme. » Avec ça accroche-toi bonhomme ! Assurance tous risques contre tous les Ă©checs Ă©lectoraux, toujours justifiĂ©s par avance. Aucun risque d’ĂŞtre pris en dĂ©faut sur ses promesses. Aucun risque de se dĂ©couvrir un peu de cambouis sous les ongles. Et la morale sera sauve, immanquablement. Celui qui ne fait rien ne fera jamais rien de mal ; et restera toujours propre sur lui.

StratĂ©gies d’Ă©chec

De subtiles stratĂ©gies d’Ă©chec sont cultivĂ©es, comme une thĂ©rapie continuelle sans laquelle le château de cartes de la sociĂ©tĂ© idĂ©ale (dont cependant on suppute confusĂ©ment la fragilitĂ©, raison pour laquelle on ne tient pas trop Ă  exercer le pouvoir) s’Ă©croulerait irrĂ©mĂ©diablement. Elles sont rĂ©activĂ©es en permanence comme s’il importait pour leurs adeptes avant tout, de prĂ©server leur ĂŞtre dans sa puretĂ© originelle, elle-mĂŞme promise Ă  l’Ă©ternitĂ© de la future sociĂ©tĂ© parfaite, lorsque la parenthèse du monde corrompu aura Ă©tĂ© refermĂ©e ; et dans cette attente prophĂ©tique d’Ă©viter toute souillure morale. LĂ  est le cĹ“ur de la tragĂ©die qui paralyse la gauche française : sa culture du refus d’accepter comme fondement de la pensĂ©e et de l’action (politiques), les vicissitudes du monde tel qu’il va ; propĂ©deutique au rejet chronique des responsabilitĂ©s effectives. Posture commode pour des militants. Leur conviction d’incarner la perfection morale leur interdit la possibilitĂ© de l’Ă©chec. Or s’engager dans l’action (au-delĂ  du verbe) c’est reconnaĂ®tre cette possibilitĂ© de l’Ă©chec comme constitutive de l’action.

L’action publique ne serait acceptable pour eux qu’assortie d’une immunitĂ© plĂ©nière. On voudrait le pouvoir sans la responsabilitĂ© des actes et de ses consĂ©quences ; on voudrait la capacitĂ© de dĂ©cision sans l’incertitude du rĂ©sultat. DĂ©finition de l’impuissance. Alors au nom de l’idĂ©al et pour survivre dans un monde hostile on s’offre des vacances perpĂ©tuelles dans les nuages. A rĂŞvasser sans fin une sociĂ©tĂ© parfaite et achevĂ©e, qui jour après jour pourtant rĂ©siste farouchement Ă  sa mise en Ĺ“uvre terrestre, on se capitonne un nid dans l’utopie. Rien d’autre. Position inexpugnable assurĂ©ment. Mais, se rĂŞver acteur et se rĂ©veiller prĂŞcheur, quel cauchemar ! Mieux vaut ne pas se rĂ©veiller. La gĂ´che c’est la belle au bois dormant qui attend la dĂ©livrance. L’attente passive, destin tragique pour un parangon de vertu politique.

Le PS n’est pas un parti politique. C’est une ligue de vertu. Les militants de « gĂ´che » savent toujours ce qu’il faut faire : mais c’est toujours ce que les autres doivent faire. Ou plutĂ´t ce qu’ils auraient dĂ» faire, car naturellement, rien de ce qui est fait ne convient. Jamais. L’opposition ça se cultive, au jour le jour. Ministre, prĂ©fet, inspecteur d’acadĂ©mie, maire (quand il est de droite)… sont dans leur bouche des quasi synonymes d’incapable. Le sarcasme souvent tient lieu d’analyse politique. Chef d’entreprise est quasi synonyme d’escroc. Le mĂ©pris hautain du « fric » souvent tient lieu d’analyse Ă©conomique.

Les accents toniques de la démagogie

Mais me direz-vous, les dirigeants, les Ă©lus du parti ne tiennent pas ce langage-lĂ . AssurĂ©ment lorsqu’ils travaillent en qualitĂ© d’Ă©lu avec tout ce que le pays compte de forces vives. Mais dès le retour au bercail, en professionnels rompus au double langage, ils retrouvent les accents toniques de la dĂ©magogie, sans effort. AliĂ©nant atavisme. Si bien que, un quart de siècle après l’Ă©lection de Mitterrand, les perceptions n’ont pas beaucoup Ă©voluĂ©. On pouvait pourtant espĂ©rer que devenu parti de gouvernement, le PS dĂ©velopperait une culture de parti de gouvernement ; espĂ©rer que par la force des choses il renforcerait sa cohĂ©rence interne en rapprochant son discours de ses pratiques. Et que cette dynamique-lĂ  amorcerait enfin l’entrĂ©e de la France dans l’univers dĂ©dramatisĂ© de la dĂ©mocratie moderne. CaractĂ©risĂ©e par la prĂ©Ă©minence de deux grands partis, elle tire sa force de la reconnaissance par l’un et l’autre des fondations sur lesquelles est assis le progrès social : le dĂ©veloppement Ă©conomique. Ce qui prĂ©-suppose une pensĂ©e Ă©conomique; inexistante Ă  gauche. Du coup, la pensĂ©e de gauche n’est ancrĂ©e sur rien. Elle dĂ©rive donc au grĂ© des courants, au propre comme au figurĂ©.

Au fond, ce qui bloque la gauche française, c’est une mĂ©taphysique de pacotille : la quĂŞte de la sociĂ©tĂ© parfaite, dĂ©finitivement apaisĂ©e, dĂ©finitivement dĂ©barrassĂ©e des conflits d’intĂ©rĂŞts et des confrontations d’opinions, dĂ©finitivement bonne et gĂ©nĂ©reuse, essentiellement bonne et gĂ©nĂ©reuse. Le fantasme de la table rase prĂ©lude Ă  la fin de l’histoire. Sous d’autres cieux idĂ©ologiques cela s’appelle le paradis. Une mĂ©taphysique qui engloutit justement cette coupure crĂ©atrice entre le monde tel qu’il va et le monde tel qu’on le rĂŞve. ÉtouffĂ©e par la mĂ©taphysique du bien-ĂŞtre et du bonheur universels (administrĂ©s par l’État cela va de soi), la pensĂ©e n’opère plus par confrontation entre deux registres qu’elle met en relation dynamique mais par simple substitution d’un monde idĂ©alisĂ©, immobile, au monde tel qu’il va, chaotique. PensĂ©e magique qui s’offre le luxe de nommer « action politique » une rĂŞverie indolente. Et qui crĂ©e des frustrations Ă  la hauteur des attentes implicites jamais satisfaites. Comme si la pensĂ©e tentait de ramener sur terre l’inaccessible Ă©toile. Destin trivial pour notre prĂ©cieux guide dans le chaos de la nuit, rĂ©duite Ă  l’Ă©tat de rĂ©verbère au bout de l’avenue, au petit matin blĂŞme, lendemain du grand soir.

Cette vieille culture politico-romantico-littéraire

Le PS n’est pas un parti politique, malgrĂ© l’illusion qu’entretient son nom. Pour Mitterrand il fut le tremplin d’une ambition personnelle, ce qui en soi n’a rien de rĂ©prĂ©hensible. L’illusion a tenu au fait que sa riche personnalitĂ©, d’homme pĂ©tri de cette vieille culture politico-romantico-littĂ©raire, lui a permis de donner le change aux militants en leur laissant croire qu’il servait leurs fantasmes. Quand il n’a fait que ce que fait tout homme d’État dans une dĂ©mocratie : de la politique au jour le jour soumise aux contingences d’un monde complexe, mouvant, incertain (hormis le vote symbolique de la suppression de la peine de mort).

Mais, Mitterrand Ă  part pour les motifs qu’on vient d’Ă©voquer, Ă  chaque fois que la gauche a un candidat reconnu par le pays en capacitĂ© d’ĂŞtre Ă©lu prĂ©sident de la RĂ©publique, ce sont les  militants de gauche qui s’ingĂ©nient Ă  saboter sa candidature ou son Ă©lection. Il est vrai que ni Michel Rocard, ni Lionel Jospin, ni Dominique Strauss-Kahn ne sont du genre Ă  promettre l’avènement du paradis terrestre. Et ça c’est un handicap rĂ©dhibitoire dans la culture de gĂ´che.

Conclusion pratique

Seule garantie d’une morale immaculĂ©e : l’opposition perpĂ©tuelle.

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