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Election présidentielle : 500 signatures pour une candidature
L’anonymat des parrainages, voilĂ  le danger

Écrit le 6 février 2012 par Jiceo

• Que Marine Le Pen Ă©prouve de sĂ©rieuses difficultĂ©s Ă  rĂ©unir les 500 parrainages pour valider sa candidature Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle est une bonne chose. Entendons-nous bien, c’est une bonne chose pour la dĂ©mocratie. Il est assez piquant d’ailleurs d’entendre les intĂ©ressĂ©s (Marine Le Pen n’est pas seule dans la posture de victime de la dĂ©mocratie) se rĂ©clamer de la dĂ©mocratie pour revendiquer la modification des règles du jeu; par exemple en rendant les parrainages anonymes. RĂ©crimination de circonstance puisque pendant des dĂ©cennies cela semblait aller de soi, y compris pour le Front National. Quant au fond, c’est par des procĂ©dures de ce genre -le parrainage rendu public- que la dĂ©mocratie atteste sa nature, manifeste sa vivacitĂ©; prĂ©cisĂ©ment parce qu’ainsi elle se protège elle-mĂŞme et ce faisant son Ĺ“uvre, des dangers qui lui sont consubstantiels.

Distinguons toutefois deux niveaux de risque. D’abord le risque foncier, de dissolution de la dĂ©mocratie dans le processus mĂŞme de sa rĂ©alisation; hypothèse de l’accession au pouvoir d’un apprenti-dictateur au cours d’un cursus dĂ©mocratique qui la lĂ©gitime de facto. Ensuite le risque, insidieux, de dĂ©prĂ©ciation de la fonction prĂ©sidentielle et par glissement des institutions dĂ©mocratiques elles-mĂŞmes, en raison de l’Ă©closion Ă  chaque Ă©chĂ©ance d’une horde d’histrions Ă©gotistes.

 Marine Le Pen : le parti en héritage

Les rĂ©gimes dĂ©mocratiques portent en eux-mĂŞmes le risque de leur propre anĂ©antissement. Une fragilitĂ© qu’il serait pĂ©rilleux d’ignorer. L’exemple marquant est Ă©videmment l’accession d’Hitler Ă  la chancellerie en 1933, rappelĂ© ici juste pour illustrer l’idĂ©e, sans suggĂ©rer quelque comparaison poussĂ©e avec la France de 2012. Le sachant, connaissant ce risque, il n’est pas malsain que la dĂ©mocratie s’en protège, autant que faire se peut. Aussi s’agissant de Marine Le Pen, comment s’Ă©tonner des difficultĂ©s qui sont les siennes pour rassembler les 500 signatures? Point de procès d’intention ici. Mais Ă  moins d’être amnĂ©sique, impossible de ne pas voir en Marine Le Pen une hĂ©ritière; et d’un hĂ©ritage lourd. La fille de son père a hĂ©ritĂ© du nom, dont elle fait le mĂŞme usage public; elle a hĂ©ritĂ© du parti fondĂ© par son père, dont elle a gardĂ© et les structures et le nom, et dont elle fait le mĂŞme usage.

Évidemment, comme tout hĂ©ritier elle aurait voulu rĂ©cupĂ©rer l’actif en se dĂ©barrassant du passif. Mais le pays, dĂ©mocratie vivante, n’entend pas lui octroyer ce passe-droit. Car Ă  vouloir l’hĂ©ritage on valide ipso-facto le terreau sur lequel il s’est bâti comme les sous-produits qu’il a nourris (la haine des AlgĂ©riens, la justification tranquille de la torture, l’activisme poujadiste, le coup de poing extrĂ©miste, le racisme, l’antisĂ©mitisme, les provocations pathĂ©tiques Ă  propos des camps de la mort..). Bref, un fonds de commerce morbide qui a laissĂ© des traces dans le le pays et par lequel Jean-Marie Le Pen s’est constituĂ© lui-mĂŞme comme danger potentiel; pour la dĂ©mocratie.

Au total donc, un hĂ©ritage revendiquĂ© dĂ©jĂ  très lourd, plombĂ© de surcroĂ®t par le souvenir du sinistre 21 avril 2002, dont les partis de gouvernement ont tirĂ© quelque salutaire leçon. Et ce n’est pas l’escapade autrichienne de fin janvier qui amĂ©liorera les choses: «Marine Le Pen, invitĂ©e d’honneur au bal de l’extrĂŞme droite europĂ©enne Ă  Vienne» titrait LeMonde.fr du 28 janvier; extrĂŞme droite dont une partie cultive sans honte la nostalgie nazie. Au final, compte tenu de l’hĂ©ritage, la difficultĂ© du Front national Ă  collecter ses 500 signatures parait naturelle. L’autre option, lorsque l’hĂ©ritage est trop lourd, est d’abandonner l’hĂ©ritage. Ce n’est pas celle choisie par l’hĂ©ritière. Il lui faut assumer.

La valeur de l’expĂ©rience

Il serait malsain que le Conseil constitutionnel revienne sur le caractère public du parrainage des Ă©lus. L’idĂ©e qui valide ce processus est de rĂ©aliser une prĂ©sĂ©lection de candidats Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle. Que cette prĂ©sĂ©lection procède d’Ă©lus de la RĂ©publique rompus Ă  l’esprit des lois, familiers de la gestion des territoires dont ils ont la charge est une garantie en soi. Que ces Ă©lus soient enclins Ă  valider la candidature de personnes ayant dĂ©jĂ  fait la preuve de leurs compĂ©tences (charges gouvernementales, charges d’Ă©lu, de la direction de collectivitĂ©s territoriales au travail parlementaire, direction de parti politique, etc…) c’est probable; tout bonnement parce que se cristallise dans cette filiation quelque chose de substantiel, qu’on pourrait bien appeler l’expĂ©rience; celle des Ă©lus lĂ©gitimant celle des candidats; expĂ©rience dans laquelle transparaissent en outre et dans la durĂ©e les valeurs qui l’ont fondĂ©e.

Gageons Ă  ce stade que si dans leurs rĂ©alisations municipales quelques Ă©lus frontistes avaient Ă©claboussĂ© le pays d’un gĂ©nie inĂ©galĂ©, gageons que si la pensĂ©e frontiste pouvait se prĂ©valoir d’une inspiration fĂ©conde et prometteuse, Marine Le Pen n’en serait pas aujourd’hui Ă  quĂ©mander des signatures. Cela posĂ©, le sujet n’est pas Ă©puisĂ©. L’idĂ©e de dĂ©mocratie n’existe pas en soi de façon pure et abstraite pour l’Ă©ternitĂ©. Elle n’existe que dans les mises en Ĺ“uvre contingentes qui ont quelque lĂ©gitimitĂ© Ă  se rĂ©clamer d’elle. Sur un plan politique-utilitariste il n’est pas sans risque non plus que la candidate du Front national soit absente du scrutin. Mon plaidoyer pour le refus de l’anonymat n’est pas un plaidoyer pour la mise Ă  l’Ă©cart Ă©lectorale du Front national. Croire que ce qui n’existe pas de manière formelle n’existe tout simplement pas est une illusion Ă©galement dangereuse. Et dans une dĂ©mocratie, si un scrutin est d’abord un processus par lequel une population dĂ©lègue pour un temps donnĂ© certaines compĂ©tences Ă  des candidats librement choisis, elle est aussi un baromètre, dont les indications sur l’Ă©tat de tension du pays, prĂ©cieuses pour les dĂ©cideurs lĂ©gitimes qu’il s’est donnĂ©, sont de facto portĂ©es Ă  la connaissance de tous. A tous et Ă  chacun d’en faire le meilleur usage.

La démocratie a besoin de points de friction pour entretenir la culture de sa fragilité

L’idĂ©e ce n’est donc pas d’Ă©carter le Front national du jeu institutionnel; pas davantage d’en banaliser la prĂ©sence; plutĂ´t faire en sorte que sa place et son rĂ´le dans le paysage politique ne semblent jamais aller de soi; faire en sorte que son « essence » soit questionnĂ©e sans arrĂŞt. Le danger c’est moins son existence (tant que son audience demeure sous la barre des 20%) que sa banalisation; qui elle pourrait glisser vers une augmentation de son audience, mais alors probablement accompagnĂ©e d’une certaine Ă©dulcoration de sa rhĂ©torique. Rien de ce qui est humain ne se dĂ©veloppe sur une Ă©chelle mĂ©canique linĂ©aire.

L’idĂ©e est de faire valoir que le meilleur atout de la dĂ©mocratie est de maintenir vivace dans la sociĂ©tĂ© le sentiment que la prĂ©sence du Front national dans le paysage politique fait problème; y compris le « simple » parrainage d’une candidature au nom de la dĂ©mocratie, argument qu’ont fait valoir certains maires. Non qu’il faudrait leur interdire le parrainage du candidat d’un parti par ailleurs lĂ©galement constituĂ©; l’important est que certains de ces maires ont Ă©tĂ© interpellĂ©s par des conseillers municipaux, par des concitoyens, par la presse locale en raison de leur parrainage; et qu’ils ont dĂ» justifier leur dĂ©cision. C’est cela qu’il faut maintenir: l’interpellation, le dĂ©bat, la confrontation, en permanence. Ni interdiction du Front national, ni banalisation de son existence, que l’anonymat des parrainages pourrait conforter. La dĂ©mocratie a besoin de ces points de friction pour entretenir la culture de sa fragilitĂ© naturelle. C’est mĂŞme par l’existence de ces points de friction (polĂ©mique, controverse) qu’elle manifeste sa vivacitĂ©. Rien n’est jamais acquis. Dans les sociĂ©tĂ©s modernes oĂą la transmission entre les gĂ©nĂ©rations ne se fait plus de façon mĂ©canique par un formatage autoritaire, chaque gĂ©nĂ©ration doit reconstruire ses repères idĂ©ologiques, rĂ©investir les valeurs qui la constitue. C’est la vertu du dĂ©bat permanent.

L’idĂ©e est qu’il faut Ă©viter de trancher. Ni rĂ©duire le Front national au silence officiel. Ni banaliser sa prĂ©sence dans le paysage politique. Souhaitons vivement que le Conseil constitutionnel ne valide pas l’anonymat des parrainages. Si le processus ne doit devenir qu’une simple formalitĂ©, alors il n’a plus de raison d’ĂŞtre. Mais alors il faut inventer d’autres procĂ©dures, au moins aussi contraignantes, pour Ă©viter de transformer l’Ă©lection prĂ©sidentielle en mascarade.

L’Ă©lection prĂ©sidentielle n’est pas une mascarade

Ce qui nous conduit au deuxième aspect du risque, celui insidieux de dĂ©prĂ©ciation de la fonction prĂ©sidentielle. Ne le prenons pas trop Ă  la lĂ©gère. La campagne prĂ©sidentielle a comptĂ© par le passĂ© jusqu’Ă  seize candidats. Vu l’enjeu d’une Ă©lection prĂ©sidentielle rapportĂ© Ă  la personnalitĂ© et au fond de certains d’entre eux, pas sĂ»r au final que la dĂ©mocratie en sorte gagnante. Rappelons ce truisme que la campagne Ă©lectorale des prĂ©sidentielles a pour but de donner au pays la capacitĂ© de choisir le futur prĂ©sident de la RĂ©publique; pas de servir de mĂ©gaphone Ă  quelques gourous habitĂ©s par leur destin, d’autant plus avides de l’exposition mĂ©diatique escomptĂ©e qu’elle est sans contrepartie. La certitude dès la première seconde de ne jamais gouverner la France fait d’eux des candidats virtuels. D’Arlette Laguiller Ă  GĂ©rard Schivardi, de NoĂ«l Mamère Ă  FrĂ©dĂ©ric Nihous, de Jean-Pierre Chevènement Ă  Dominique de Villepin, de Philippe De Villiers Ă  Bruno MĂ©gret… la liste est infiniment longue de ceux qu’un miroir de salle de bain a Ă©blouis: «Miroir, Ă´ mon beau miroir, dis-moi qui..».

De quelle lĂ©gitimitĂ© peuvent se prĂ©valoir tous ceux qui n’ont pas d’existence -politique, publique- en dehors des campagnes Ă©lectorales prĂ©sidentielles pour se prĂ©senter Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle?  Une fois encore la dĂ©mocratie a bon dos -elle est un prĂ©texte commode- puisque c’est toujours le mĂŞme processus Ă  l’Ĺ“uvre: le renversement de causalitĂ©. Comme si un gĂ©nie surhumain pouvait se rĂ©vĂ©ler Ă  l’occasion d’une campagne prĂ©sidentielle au point que le pays subjuguĂ© se jette dans les bras du sauveur. Est-ce parce que le candidat a montrĂ© quelques dispositions au long cours Ă  diriger le pays que sa candidature devient lĂ©gitime ou bien est-ce parce qu’une voix intĂ©rieure l’a convaincu de son gĂ©nie personnel? Est-ce que, vu l’enjeu, c’est l’expĂ©rience avĂ©rĂ©e du postulant qui lĂ©gitime sa candidature ou sa capacitĂ© Ă  rendre crĂ©dible l’avènement du paradis terrestre? Que tous les candidats passent par le filtre des parrainages n’a rien de scandaleux. Je propose que les gĂ©nies Ă©ventuels soient Ă©valuĂ©s non par leur ego, mais par leurs Ă©gaux, les 45000 Ă©lus Ă  mĂŞme de parrainer un candidat.

Qu’ils fassent leurs preuves d’abord dans leur commune, dans leur entreprise, au Conseil rĂ©gional, dans leur parti, Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s, au gouvernement; ensuite leur candidature deviendra lĂ©gitime ipso facto. Que les Ă©lus Ă  mĂŞme de parrainer un candidat se fixent Ă  eux mĂŞmes quelques critères de qualitĂ© avant de dĂ©livrer le prĂ©cieux sĂ©same est lĂ©gitime. Loin d’un dĂ©ni de dĂ©mocratie il participe Ă  la consolidation de la pratique dĂ©mocratique en confortant les institutions. Je propose mĂŞme de porter Ă  4500 le nombre de parrainages (tant que demeurera le nombre de communes) puisque ça laisse un potentiel de 10 candidats. Et 10 candidats Ă  l’élection prĂ©sidentielle ce serait antidĂ©mocratique? C’est dĂ©jĂ  beaucoup. Trop.

La liberté a un prix : la responsabilité

PrĂ©servons la fonction prĂ©sidentielle de la dĂ©chĂ©ance en ne transformant pas la campagne Ă©lectorale en mascarade. Soit il y a une prĂ©sĂ©lection des candidats par le parrainage, public, des 45000 Ă©lus habilitĂ©s. Soit il n’y a pas de sĂ©lection Ă  l’entrĂ©e, mais seuls sont remboursĂ©s de leurs frais de campagne les candidats qui atteignent 10% des suffrages exprimĂ©s. La libertĂ© a un prix: la responsabilitĂ©. Celle des parrains naturellement, qu’on voit mal se manifester dans l’anonymat. Celle des filleuls Ă©galement qui est de supporter eux-mĂŞmes le coĂ»t de leur pusillanimitĂ©.

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Un commentaire sur “Election prĂ©sidentielle : 500 signatures pour une candidature
L’anonymat des parrainages, voilĂ  le danger”

  1. Lou W. Santana dit :

    Avec des outils d’analyse diffĂ©rents, des sociologues, des gĂ©ographes, des politologues et des spĂ©cialistes de l’opinion travaillant pour des institutions diffĂ©rentes et parfois concurrentes arrivent au mĂŞme diagnostic. A cinq mois de l’Ă©lection prĂ©sidentielle, ils partagent la mĂŞme conviction : la clĂ© de l’Ă©lection se trouve dans la rĂ©ponse que les candidats sauront apporter Ă  cette partie de l’Ă©lectorat, de plus en plus nombreuse, qui oscille entre colère sourde et rĂ©signation rageuse.

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