« Ceux qui ne sont pas écologistes aujourd’hui sont des fainéants intellectuels »

Écrit le 3 décembre 2012 par Jiceo

• « Ceux qui ne sont pas écologistes aujourd’hui sont des fainéants intellectuels. » La sentence est extraite d’un article de Raphaëlle Besse Desmoulières sur son blog du Monde: « L’offensive de Mélenchon sur l’écologie » (01/12/12). L’oracle a donc parlé: « Ceux qui ne sont pas écologistes aujourd’hui sont des fainéants intellectuels. » Certes, certes, mais on voit surtout à la lecture des justifications de cette sentence mélenchonesque qu’il n’est de plus zélé prosélyte qu’un nouveau converti.

L’horizon de Mélenchon (identique à celui de Montebourg) est si étriqué. Il se résume à une angoisse existentielle: « comment faire parler de moi? » Comment en effet maintenir dans la durée son quart d’heure hebdomadaire de gloire médiatique? La tâche est titanesque à l’échelle d’une vie. Il y aurait bien une solution pratique qui couperait court à toutes ses minauderies: gagner les élections présidentielles ou bien les législatives à la tête d’un parti majoritaire. De là, la gloire médiatique quotidienne est assurée, le temps du mandat au moins. Mais il faudrait alors assumer l’ensemble d’une politique, effets secondaires non-désirés inclus. Et ça, les notables qui cultivent le privilège de minorité veulent surtout se l’épargner. Faute de créativité politique il reste donc l’illusion de la créativité rhétorique.

Perles de culture néomarxiste

De fait, lorsque l’exploitation d’une voie s’épuise, lorsque l’entrain des médias à y suivre le zozo s’amoindrit, il lui faut sans tarder en faire miroiter une autre. Et dans cette fuite en avant, la rhétorique offre des ressources illimitées. L’article cité recense quelques unes de ces perles de culture néomarxiste: « assises de l’écosocialisme »; « le capitalisme vert est une illusion »; tandis que « l’écosocialisme n’est pas une utopie »… Manifestement, les caïds de la propagande excellent dans l’art de parer leurs songes creux d’oripeaux sémantiques. Le socialisme est mort? Vive l’écosocialisme! Le verbe flamboyant, strass et paillettes des velléitaires de la politique. Ils prétendent nous offrir un cadeau mais l’emballage est vide : luxueux mais vide.

D’autant que, l’affirmation initiale (« ceux qui ne sont pas écologistes aujourd’hui sont des fainéants intellectuels ») fait surgir une question immédiate qui pourtant n’a pas effleuré le nouvel illuminé. Comment se fait-il que c’est seulement à partir « d’aujourd’hui » que « ne pas être écologiste » devient un marqueur de fainéantise intellectuelle? Quelle est la haute autorité morale qui a décrété et la fatwa et son point de départ? Comment se fait-il que le marqueur ne pouvait faire sens dès « hier », « hier » quand Mélenchon ne l’était pas, écologiste, mais seulement à partir « d’aujourd’hui » jour de la révélation ?

Un quart d’heure de gloire médiatique vaut bien un mea-culpa

Par quel miracle la vérité universelle prend-elle corps à l’heure exacte de la révélation qu’en a eue son nouvel apôtre? A-t-il une explication Saint Jean-Luc à son injonction de faire naître la nouvelle ère « aujourd’hui » seulement et pas « hier »? Parce qu’il s’était trompé, comme le souligne Martine Billard: « Je l’avais entendu dire à la télévision qu’il s’était trompé sur le sujet, se souvient-elle. Les hommes politiques qui reconnaissent publiquement qu’ils se sont trompés, c’est exceptionnel. Il était forcément sincère. » Bien sûr, bien sûr. Comme c’est touchant. Mais tant de despotes ont sincèrement voulu le bien de leur peuple! Il était sincère, probablement. Mais ce n’est pas le sujet. La sincérité sans la lucidité sur ses propres limites est une bouée de sauvetage, rien d’autre. Elle tient la tête hors de l’eau mais ne permet pas d’avancer.

De plus, s’il s’est trompé « hier », comment ne pas concevoir qu’il se trompe encore « aujourd’hui », avec la même morgue, avec la même arrogance, avec la même certitude de détenir la vérité « aujourd’hui », comme il la détenait pourtant « hier » avant sa conversion à l’écologie? Mais cessons-là ces frivolités. « Je l’avais entendu dire à la télévision qu’il s’était trompé sur le sujet »: un quart d’heure de gloire médiatique vaut bien un mea-culpa.

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