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Son bol de soupe est vide
Philippe De Villiers retourne à Canossa

Écrit le 3 septembre 2009 par Jiceo

 On fait semblant de s’éberluer dans le Landerneau médiatique du flirt entre Nicolas Sarkozy et Philippe De Villiers. Oh certes il y a matière à étonnement tant le roquet vendéen (une mâchoire de pittbull mais une âme de caniche) a bavé sur Nicolas Sarkozy depuis des lustres. Et, si le molosse de foire aime montrer les crocs il se garde bien de mordre la main qui peut le nourrir. Surtout quand survient l’hiver électoral. L’argent des contribuables est bienvenu. Mais il faut des élus pour toucher sa ration. Et hors la Vendée, les électeurs font la fine bouche. Ils n’aiment pas la soupe villieriste. Ni celle de la présidentielle, ni celle des législatives, ni celle des européennes. Il ne lui reste alors qu’une solution pour obtenir sa pâtée: donner la patte au maître du moment. Une seule destination: Canossa. Un chemin qu’il connaît déjà.

Souvenez-vous. Philippe De Villiers qualifiait Jacques Chirac de «premier délinquant de France» le 9 septembre 2001, à quelques mois de l’élection présidentielle. Rien que ça! Pas banal de la part d’un élu (cantonnier-chef du département de Vendée) à l’égard d’un autre élu de la république chef de l’État en exercice. Faisait-il allusion aux marchés arrangés des lycées en Ile-de-France? Aux marchés opaques de l’OPAC (Office public d’aménagement et de construction)? Aux élections truquées dans la capitale? Aux frais de bouche gargantuesques sinon abracadabrantesques du maître d’Hôtel de ville? etc… L’accusateur s’est bien gardé de motiver son propos. Mais le plus fabuleux est que son accusation n’a suscité aucune réaction des amis politiques du sieur Chirac.

Vous le croirez ou non, affubler Jacques Chirac du costume de «premier délinquant de France» n’a déclenché aucune indignation. Ni chez le sénateur du coin (alors RPR, aujourd’hui UMP) Jacques Oudin, ex-trésorier au demeurant du machin RPR-Chirac. Ni du député RPR du coin, Louis Guédon.

Abracadabra

Mais les mois passent. Début 2002 les présidentielles approchent, et surtout les législatives se profilent derrière. C’est bien beau de jouer les bravaches de comice agricole mais ça ne suffit pas à nourrir son homme. Qu’à cela ne tienne. De Villiers ferme les yeux, il prend une grande bouffée d’air, et déclare: «Nous allons présenter des candidats communs sous la bannière majorité présidentielle.» Il sait d’où vient l’argent de la politique le bougre. Le sénateur RPR Jacques Oudin a dit béni oui-oui. Le député RPR Louis Guédon a dit béni oui-oui. Quant au respect des électeurs, c’est le cadet des soucis de monsieur le vicomte. Et un, et deux, Abracadabra, hop dans le sac. Abreuvés pendants des mois de ricanements antichiraquiens ils ont dû avaler cul-sec la nouvelle potion. Sans faire la grimace. Ils l’ont fait. Du jour au lendemain le «premier délinquant de France» est redevenu fréquentable. Dans les caves vendéennes on a l’habitude de la piquette.

Comment être surpris qu’il récidive en 2009? Un homme persuadé de voir briller son étoile haut dans le ciel est prêt à tout pour entretenir ses fantasmagories. Mais il est le seul à la voir si haut. Car, sans autre vision du monde que la nostalgie d’un passé idéalisé, il se fait aplatir à chaque scrutin national ou européen (2,23% des voix à la présidentielle de 2007; seul député français élu aux européennes en 2009 sous la bannière franco-irlandaise Libertas). Le prix d’une telle assiduité à la poursuite de son destin est élevé : une course effrénée permanente, comme un caniche dans les jambes de ses maîtres

« Rentre à la maison Charles ! »

L’accusateur public fut pourtant un éphémère secrétaire d’État de Chirac, alors premier ministre de la cohabitation, en 1986. Puis il apporta son soutien à Raymond Barre lors de la campagne des présidentielles de 1988. En 1992 il endosse l’armure de chevalier blanc en lançant son Combat pour les Valeurs. Il quitte l’UDF en 1994 et fonde le MPF (Mouvement Pour la France). Candidat à la présidentielle de 1995 (4,7% des voix) il appelle à voter Chirac au 2e tour. Avant les européennes de 1999 De Villiers propose le mariage à Charles Pasqua, alors dissident du RPR. «Rentre à la maison Charles. Il y aura toujours un bol de soupe pour toi.» Le MPF et le RPF fusionnent avant de se séparer avec fracas l’année suivante.

Et même s’il ne peut contester aujourd’hui que son étoile n’était que le fugace éclat d’un miroir aux alouettes, il ne peut supporter de n’être pas le maître absolu sur « ses terres » de Vendée. Il a fait de Bruno Retailleau son second au conseil Général de Vendée. Puis aux sénatoriales de 2005, il lui a « donné » un poste de Sénateur en faisant le forcing auprès des élus locaux pour éliminer le sortant, Jacques Oudin (RPR) . Au printemps 2009, profitant du remaniement post élections européennes François Fillon aurait bien fait entrer Bruno Retailleau au gouvernement (secrétariat d’État aux technologies numériques). Un crime de lèse-majesté. Philippe de Villiers a menacé le gouvernement d’une «guerre nucléaire» si son numéro deux y entrait. M. le vicomte craindrait-il une révolution de palais?

Et il faudrait s’étonner qu’un seigneur de cet acabit vienne manger dans la main de Nicolas Sarkozy. Tss! Tss! Chez ces gens-là monsieur, on est prêt à tout pour un bol de soupe. Sans compter qu’il y aura en 2010 l’élection des conseils Régionaux.

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