Dominique de Villepin le flamboyant part en fumée

Écrit le 19 septembre 2009 par Jiceo

 Il flambe Dominique de Villepin. Il part en fumée. C’en est pathétique. Indécent même puisqu’on se surprend à avoir honte pour lui, qui n’en présente aucun symptôme, de se donner ainsi en spectacle. Honte de le voir s’abaisser à ce point. S’il avait à nous communiquer une information de grande portée (une accusation infondée, un risque d’erreur judiciaire) cela aurait un sens de courir ainsi plateaux télé et studios de radio. Mais à s’époumoner pour nous délivrer un message aussi vasouillard il donne le sentiment de s’enfermer dans un processus d’auto-humiliation, pathétique.

Leurres médiatiques

Sur le fond je ne sais pas si le reproche fait au président de la République est justifié. Je ne sais pas si celui-ci profite de sa positon pour ramener les médias à l’affaire Clearstream. Je ne l’ai pas constaté personnellement. Je ne passe pas suffisamment de temps devant le poste pour cela. Bien sûr il y a l’intervention à la radio (Europe 1, vendredi 28 août) du procureur de Paris Jean-Claude Marin qui présente Dominique de Villepin comme un « bénéficiaire parfaitement conscient » du processus. Assurément, il est tout à fait inhabituel qu’un procureur vienne présenter son réquisitoire à la radio avant le procès. De là à y voir la main de l’Elysée… Trop risqué pour Nicolas Sarkozy qui a plus à perdre qu’à gagner dans ces petites manœuvres en coulisses. Il est plus probable que le procureur de Paris cède lui aussi, puisque l’occasion lui en est donnée, à la tentation du quart d’heure de gloire. Quoi qu’il en soit ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est juste que Dominique de Villepin est embarqué dans une procédure judiciaire, épilogue en cours d’une histoire peu glorieuse. Et que par définition c’est le tribunal qui dira la culpabilité de chacun des mis en examen. Et que jusque-là (la décision sur le fond) les leurres médiatiques lancés à grands coups de menton laissent éclater jusqu’à la caricature leur valeur dérisoire, contrariant au centuple l’effet recherché. Donner à ce point le sentiment de perdre ses moyens c’est fatal pour un prétendant à la plus haute responsabilité d’État.

Maigre contrefeu

Car tout de même, il ne réfute pas les accusations portées contre lui. Il ne réfute pas sa participation au processus qui a motivé sa mise en examen. Il ne met pas en cause la procédure. Il se contente de rabâcher une seule chose : le président de la République utilise sa position pour rappeler l’affaire Clearstream dans les médias. Le choc qu’on ressent en l’écoutant provient de la différence de niveau entre les deux éléments; entre le motif de la mise en examen, raison pour laquelle il réagit, et la nature de sa protestation. D’un côté on a une accusation de manipulation extrêmement grave puisqu’elle vise à porter atteinte à l’honneur d’un concitoyen, non par la révélation d’une faute commise par ledit concitoyen, mais par la fabrication d’un faux. Par surcroit, l’un des participants à l’opération (actif ou passif, le tribunal appréciera) était à l’époque des faits ministre de la République, c’est-à-dire membre de l’exécutif chargé de faire respecter la loi. Qui à ce titre-là se doit d’être exemplaire. En l’espèce, cela signifie non seulement s’interdire le détournement à usage personnel de documents (virtuellement authentiques) qui peuvent intéresser la justice, mais y couper court en les transmettant à la justice. Et par-dessus tout évidemment s’interdire de s’associer à une quelconque entreprise de déstabilisation*. De l’autre côté on a une déclamation aussi grandiloquente que dérisoire, maigre contrefeu à l’incendie qui risque de réduire en fumée l’image de Dominique le flamboyant.

Le déshonneur ce n’est pas d’avoir commis une faute

Il est des voies plus nobles pour affronter l’épreuve. Ce n’est pas parce qu’on est mis en examen qu’on doit perdre sa dignité. A fortiori pour un homme public, ancien ministre de surcroit, qui par-dessus le marché ne semble pas avoir abandonné toute ambition politique. Le déshonneur ce n’est pas d’avoir commis une faute, le déshonneur c’est de ne pas savoir en endosser la responsabilité. Alors qu’une accusation aussi grave motive la mise en examen, il ne semble pas idiot de faire profil bas; de reconnaître avoir eu une faiblesse en se laissant emporter dans un processus déloyal; de déclarer vouloir s’expliquer lors du procès et s’en remettre au verdict. C’est une façon saine de retrouver son humanité, de monter au public qu’on est respectueux des institutions, et par glissement de suggérer qu’ainsi on respecte les citoyens. D’autant que l’accusé acceptant de simuler la contrition (quand il ne s’agit pas de crime de sang) finit par bénéficier d’une espèce de compassion solidaire, qui le fait passer du statut de malfaiteur (avant le procès) à celui de quasi-victime (lorsque le verdict est tombé). Il revient ipso facto dans le monde des hommes; faillibles. A moins, qu’à force de tutoyer les dieux de la République, Dominique de Villepin ait fini par se croire lui aussi, infaillible.

Avoir côtoyé d’aussi près Jacques Chirac, aussi longtemps

On peut comprendre la fureur a postériori de s’être fait prendre au piège d’une promesse de mort politique pour l’adversaire du même camp, d’avoir utilisé des procédés médiocres qui se sont retournés contre soi parce que révélés publiquement. Suprême humiliation pour un familier du premier cercle de la République où l’on finit parfois par se sentir tellement au-dessus du lot commun, et du coup se croire à l’abri de vulgaires procédures judiciaires. A sa décharge, le fait d’avoir côtoyé d’aussi près Jacques Chirac, aussi longtemps, a pu susciter un sentiment d’immunité plénière, la représentation d’une impunité éternelle. Seulement, pour résister dans l’adversité, il faut être doté du même culot et du même cynisme que lui, dont la devise était: « Ça m’en touche une sans bouger l’autre ».

Pourtant il aurait pu aller le cœur léger et l’esprit tranquille au tribunal Dominique de Villepin. Les Français sont d’une mansuétude sans limite pour leurs élus. Et ce ne sont pas ceux qui après avoir été condamnés par la justice ont été brillamment réélus qui me contrediront. Alors, est-il si mal conseillé l’ancien Premier ministre, ou bien est-il doté d’un égo tellement sur-dimensionné qu’il méprise tout conseil ?

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* Ici il n’y a pas d’angélisme. On comprend bien, dans la partie de bras de fer pré-électoral en cours à l’époque, qui se voyait bénéficiaire potentiel de l’entreprise de déstabilisation. Humain trop, humain. Il ne s’agit pas ici de plaquer une morale désincarnée sur la vie des hommes en société. Aussi longtemps qu’il y aura lutte pour le pouvoir il y aura manœuvres. Il ne s’agit pas non plus de refaire l’histoire. L’intention est juste de préciser que dès lors qu’on s’est fait prendre il est sans doute plus judicieux d’accorder sa stratégie de défense et son discours au comportement idéal qu’on aurait dû avoir, plutôt que d’accuser la victime de médiatiser son affaire. En un mot de faire amende honorable plutôt que se comporter en butor.

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