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Après France-Irlande de football
Etre Français n’est pas une sinécure
(contribution incidente au débat sur l’identité nationale)

Écrit le 20 novembre 2009 par Jiceo

Ouf ! Les redresseurs de tort respirent. Ils se sont trouvé un nouveau motif d’autoflagellation. Ils vont pourvoir reprendre le fouet dont les lanières pendaient lamentablement au bord du bureau. L’équipe de France de football est qualifiée pour la coupe du Monde 2010. Sans gloire, mais qualifiée. Eh bien non. Pas si simple entonnent en chœur les bons Français qui ont pris la tête d’une nouvelle croisade morale. Le destin a aidé Thierry Henry lors de la passe décisive puisque l’arbitre n’a rien vu. Cela n’a rien d’enthousiasmant mais c’est ainsi. Et les règles du football ne datent pas d’hier.

Cette fois c’est l’équipe de France qui bénéficie d’un coup de main du sort, mais combien de fois a-t-elle perdu un match sur une faute adverse que l’arbitre n’a pas vue? Il faudrait alors rejouer tous ces matches entachés par le doute, qu’ils concernent l’équipe nationale ou bien les clubs français lors de matches internationaux? Et tant qu’à incarner la morale universelle allons jusqu’au bout. Il faut re-visionner tous les matches internationaux des fois qu’une faute non signalée ait pu troubler la légitimité du résultat final. Mais jusqu’à quand faut-il remonter? Dix ans, vingt ans, trente ans…?

Une main sur le clavier, dans l’autre le fouet

Au lieu de vouloir changer l’histoire efforçons-nous de préparer l’avenir. Le seul sujet qui fait problème est sur la table de travail des instances internationales du football depuis des années. C’est celui de l’arbitrage. Entre l’augmentation du nombre des arbitres (sur le terrain, derrière les buts) ou bien le recours à la vidéo plusieurs modalités sont possibles, combinées ou non. Seule certitude: l’enrichissement de l’arbitrage devient un impératif. Avec l’amélioration considérable du matériel vidéo, la qualité des images, le nombre de caméras qui filment la même scène sous des angles différents, les ralentis qu’on peut voir une fois, deux fois ou davantage, plus rien n’échappe au téléspectateur, qui bénéficie d’une quantité d’informations (de qualité) inaccessible à l’arbitre.

Le football a tout à gagner à combler autant que faire se peut cet écart. Mais plutôt que préparer l’avenir les Français privilégient leur rôle fétiche : celui de redresseur de tort. Entre les condamnations du fautif (?!) qui tombent dru, parfois sur un mode humoristique mais pas toujours, l’appel à rejouer le match, le rappel compulsif du niveau moyen de l’équipe, la détestation du sélectionneur national, les donneurs de leçon sont à leur affaire. Une main sur le clavier; dans l’autre le fouet; et puis surtout la peau du dos à nu. Le scénario est immuable. Simple, mais efficace. Car très vite l’angoisse du manque s’atténue faisant place à la montée de cette douce quiétude qui s’épanouit en jouissance à l’éclosion des stries sanguinolentes. Assurément ce n’est pas une sinécure d’être Français. L’identité nationale ça se mérite. Incarner la conscience morale du monde est un sacerdoce; masochiste.

– Le lendemain de la publication de cette note, un internaute à la mémoire affutée a mis en ligne cette vidéo. Simple illustration du propos ci-dessus.

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