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Jacques Attali en Stroumpf grincheux
E. Macron Ă©branle la statue du commandeur

Écrit le 26 novembre 2016 par Jiceo

•  « Macron la stratĂ©gie du mĂ©tĂ©ore » : un reportage diffusĂ© par France 3 le 21 novembre 2016. Je ne vais pas m’Ă©tendre sur le sujet, traitĂ© de manière plutĂ´t sobre ce qui dans mon esprit est synonyme de qualitĂ©. Chacun se sera fait une opinion Ă  l’aune de ses propres rĂ©fĂ©rences. Je souhaite juste mettre en lumière ce numĂ©ro de comique que le montage nous a offert, de comique triste : l’interview de Jacques Attali.

  Il faut voir l’aigreur d’un Jacques Attali au moment de commenter l’entreprise politique d’Emmanuel Macron, l’aigreur qui transpire de son expression faciale, la voir plutĂ´t que l’entendre car elle est en dĂ©calage avec le propos qui prĂ©sente l’apparence formelle de la pensĂ©e distanciĂ©e. 

L’oracle de Neuilly

  Relisons ses paroles. La première partie de l’interview (23e mn du docu) fait rĂ©fĂ©rence Ă  l’activitĂ© d’Emmanuel Macron comme rapporteur de la commission Attali (commission chargĂ©e par le prĂ©sident de la RĂ©publique Nicolas Sarkozy de rĂ©diger un rapport fournissant des recommandations et des propositions afin de relancer la croissance Ă©conomique de la France. Elle a commencĂ© ses travaux en juin 2007 et a rendu son rapport final le 23 janvier 2008.)

  – « Emmanuel Ă©tait très habile. Il a Ă©tĂ© extrĂŞmement apprĂ©ciĂ© de tous les membres de la commission. Il n’a antagonisĂ© (sic) personne, il s’est crĂ©Ă© des relations personnelles. Évidemment pour un gamin de cet age (il a tout juste 30 ans) arriver immĂ©diatement Ă  ĂŞtre visible de quarante personnes qui sont puissantes, influentes et qui jugent c’Ă©tait un accĂ©lĂ©rateur de carrière extraordinaire ! » (Sous-entendu : et Ă  qui le doit-il ce coup d’accĂ©lĂ©rateur le gamin ? )

  Et moi, poursuit le pontife, j’ai tout de suite vu quelqu’un qui Ă©tait vraiment exceptionnel. Donc je lui dis : est-ce que vous avez envie de travailler pour la prochaine campagne prĂ©sidentielle ? Il me dit oui. Donc je dis, je vais vous prĂ©senter Ă  quelqu’un qui aurait vraiment besoin de vous. J’en parle Ă  François Hollande qui alors commençait Ă  percer comme candidat. T’as pas de conseiller Ă©conomique ? Il me dit non… Écoute j’ai quelqu’un Ă  te prĂ©senter. Et je l’ai prĂ©sentĂ© ici, dans ce salon, un soir… » (L’interview a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e dans son hĂ´tel particulier neuillĂ©en.)

  Ce « salon » maitre Jacques !  Excès de modestie ! Autant appeler les choses par leur nom : ce sanctuaire oraculaire. Notons Ă  quel point Jacques Attali mĂŞme quand il est censĂ© parler d’un tiers ne parle que de lui. Effrayant. Toutefois, jusque-lĂ  tout va bien. Le « gamin » a le bon goĂ»t de rester sous le contrĂ´le et sous l’autoritĂ© du pontife : il a donc du talent.

  La deuxième partie de l’interview (46e mn du docu) Ă©voque le Macron qui s’Ă©loigne du marigot, qui s’Ă©mancipe. Elle date du 12 mai 2016. Le mouvement En Marche ! a Ă©tĂ© lancĂ© il y a un peu plus d’un mois.

  – « J’y crois pas une seconde. Je trouve que c’est un feu de paille. Je trouve qu’il est sur une mauvaise voie, purement sur les apparences, narcissique (hilarant d’entendre Attali dĂ©noncer le narcissisme chez autrui). C’est exactement ce que je lui conseillais de ne pas faire.

  Mais je ne crois pas Ă  une carrière d’homme d’État fondĂ©e sur l’apparence assène l’omniscient censeur. Je crois Ă  une carrière d’homme d’État fondĂ©e sur un enracinement, une capacitĂ© Ă  ĂŞtre impopulaire, un projet pour le pays, une capacitĂ© Ă  proposer des choses concrètes et aussi, et surtout, et ça fait partie de l’ensemble, une aventure collective, pas nĂ©cessairement d’un parti, mais d’un groupe, sans avoir peur de s’entourer des gens qui pourraient lui nuire ou ĂŞtre rivaux parce qu’ils sont de qualitĂ©. (Il semble savoir de quoi il parle le donneur de leçon. Un autoportrait en somme.)

  – Comment vous croyez que ça va finir ? relance le journaliste.

  Ben, y’a deux voies. Soit il fait, il suit la check-list que je viens de dire, et c’est un homme d’État (Quelle science ! On n’est pas pontife sans raison). Soit il ne la suit pas et lĂ  encore il y a deux voies. Il devient un homme politique comme les autres, soit le ballon explose et il n’est rien» augure le contempteur, le visage soudain marquĂ© par un rictus de satisfaction irrĂ©pressible. L’idĂ©e de rĂ©duire Emmanuel Macron Ă  « rien » le fait jubiler.

  Mais l’oracle n’a plus la mĂŞme teneur. Autant le « gamin » sous contrĂ´le avait du talent, « quelqu’un d’exceptionnel », autant l’homme Ă©mancipĂ© en est soudain dĂ©pourvu, promis Ă  devenir « rien » ! Le crime de lèse-majestĂ© est irrĂ©missible.

  La statue du commandeur ébranlée

  Toute la construction attalienne pour dĂ©considĂ©rer le projet d’Emmanuel Macron repose sur des reproches factices, spĂ©cieux pour tout dire.

  •   « Je trouve que c’est un feu de paille. » Bah, voilĂ  un feu de paille qui dure et s’amplifie depuis des mois…

  • « C’est exactement ce que je lui conseillais de ne pas faire. » Oser dĂ©sobĂ©ir aux oracles : une licence impardonnable.

  • « Mais je ne crois pas Ă  une carrière d’homme d’État fondĂ©e sur l’apparence. » Cible ratĂ©e Monseigneur. Il n’y a nul dĂ©sir de carrière d’homme d’État chez Macron, Ă  la diffĂ©rence du commun des Ă©narques. Juste le dĂ©sir de remettre le pays en marche. Et ensuite laisser la place. Jacques Attali nourrit sa sentence du modèle unique de carrière perpĂ©tuelle qu’il connaĂ®t, perçu comme universel-intemporel. L’esprit perclus de prĂ©jugĂ©s sur la politique et les politiques il ne comprend pas la dĂ©marche d’Emmanuel Macron. La suite est donc logique : « Je crois Ă  une carrière d’homme d’État fondĂ©e sur un enracinement. » Sauf que la donne est en train de changer car les Ă©lecteurs ne veulent plus de ces rentiers de la RĂ©publique dont les dĂ©cisions politiques sont assujetties au prolongement de leur carrière, et qui reculent systĂ©matiquement devant les corporatismes.

  • « Je crois Ă  une carrière d’homme d’État fondĂ©e sur… une capacitĂ© Ă  ĂŞtre impopulaire. » Emmanuel Macron l’a dĂ©jĂ  montrĂ©, ce que le peu perspicace Attali n’a pas vu, dans son rĂ´le de ministre comme dans celui de leader politique. Il a reçu davantage d’œufs sur la figure que le maĂ®tre enfermĂ© dans son sanctuaire oraculaire.

  • « Je crois Ă  une carrière d’homme d’État fondĂ©e sur… un projet pour le pays. » Mais maĂ®tre Jacques, le projet pour le pays a pris forme et dĂ©note une rupture radicale avec les catalogues de promesses sur papier glacĂ© auxquels nous avait habituĂ© le PS dans son dĂ©sir de faire plaisir Ă  tout le monde, voie royale vers le pouvoir.

  • « Je crois Ă  une carrière d’homme d’État fondĂ©e sur… une capacitĂ© Ă  proposer des choses concrètes. » Et c’est lĂ  Monsieur Attali qu’on mesure Ă  quel point la rupture est consommĂ©e avec le vieux PS, rĂ©duit Ă  un cĂ©nacle d’Ă©lus carriĂ©ristes, d’oĂą toute idĂ©e novatrice est bannie en raison du risque qu’elle ferait peser sur les carrières. DĂ©jĂ  comme ministre Emmanuel Macron fut porteur de projet concrets que nombre de parlementaires soumis aux pressions clientĂ©listes se sont empressĂ© de rĂ©duire Ă  peu de chose. Et c’est parce qu’il en a fait l’expĂ©rience, celle du jeu politique classique rĂ©duit Ă  un processus stĂ©rilisant, qu’Emmanuel Macron a choisi de s’Ă©manciper.

  • « Je crois Ă  une carrière d’homme d’État fondĂ©e sur… aussi, et surtout, et ça fait partie de l’ensemble, une aventure collective, pas nĂ©cessairement d’un parti, mais d’un groupe. » Oh, oh, on lui rĂ©vèle Ă  maĂ®tre Jacques la dynamique du mouvement En Marche ! ou bien on le laisse dans l’ignorance ?

Bref, le portrait d’homme d’État accompli signĂ© Attali traduit un aveuglement sinistre ; et la volontĂ© de poser un voile de camouflage sur une rĂ©alitĂ© qui fragilise la statue du commandeur.

  Le culte de soi comme seule foi

Qu’on se le dise ! Rien d’important dans ce pays ne peut exister sans l’entremise de Jacques Attali, sans l’assentiment de Jacques Attali. Rien d’important ne peut avoir cours sans la bĂ©nĂ©diction du pontife.

Jacques Attali se croyait seul au firmament du gĂ©nie humain d’oĂą il consent Ă  distiller ses lumières. Et soudain il voit monter « un gamin » qui veut s’asseoir non pas Ă  cotĂ© de lui, ce qui ressemble dĂ©jĂ  Ă  un dĂ©ni d’autoritĂ©, mais au-dessus de lui, ce qui devient un crime de lèse-majestĂ©. Perspective insupportable pour celui dont le culte de soi est la seule foi.

Au-dessus de lui car il y a une diffĂ©rence notable, essentielle, entre Jacques Attali et Emmanuel Macron. L’un adore abreuver le monde de conseils qu’il n’aura pas Ă  mettre en Ĺ“uvre, dont il n’aura en aucun cas Ă  assumer les consĂ©quences. L’autre veut surtout mettre en Ĺ“uvre lui-mĂŞme ses propres prĂ©conisations, expression d’un sens aigu des responsabilitĂ©s. L’un sait toujours ce qu’il faut faire (comprendre, ce que les autres doivent faire). L’autre sait, lui, que les conseilleurs ne sont pas les payeurs et que la meilleure manière de faire de la politique est de faire soi-mĂŞme ce qu’on dit.

Votre vision du monde est datĂ©e Monsieur Attali, sclĂ©rosĂ©e. Quand on a conseillĂ© le prĂ©sident Mitterrand qui fait voter la semaine de 39 heures plus la 5e semaine de congĂ©s payĂ©s plus la retraite Ă  60 ans alors que dans les autres pays dĂ©veloppĂ©s on commence Ă  envisager de repousser l’age de la retraite, on est en droit de se poser des questions sur la perspicacitĂ© du visionnaire.

Allez maitre Jacques, faites-vous une raison : l’humanitĂ© vous survivra.

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