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Sur la scène de la Cour de justice de la République
Charles Pasqua s’offre en bouc émissaire

Écrit le 29 avril 2010 par Jiceo

Il finirait par nous arracher des larmes le pôvre Charles. Sa comparution devant la cour de justice de la République tourne au spectacle. Une farce. Une tragédie classique jouée par des personnages de commedia dell’arte; ce fond culturel si prégnant sur les iles bordant l’Italie, Corse et Sicile comprises(1). Aucun auteur, même de talent, n’aurait pu écrire ce rôle que Charles Pasqua joue avec un naturel inégalable. «Si vous considérez que je suis un pourri, condamnez-moi! Mais j’ai la faiblesse de penser que vous me connaissez mieux que cela…» Bernard Le Solleu (Ouest-France du 29/04/2010) note au passage dans un papier joliment troussé: «Un coup d’œil aux visages des douze juges députés et sénateurs laisse à penser en effet qu’il n’a pas que des ennemis ici… On lui donne du «monsieur le ministre d’État», du «cher collègue».

Charles Pasqua, qu’on se le dise, est une victime. Mais, le serviteur dévoué, intègre et désintéressé de la chose publique fait don de sa personne innocente au pays, en rédemption des péchés commis par quelques collaborateurs indélicats: «Je me suis demandé si c’était mon procès ou celui de mon entourage et des rumeurs.» Bigre. Toutefois il n’est pas allé jusqu’à clamer que sa comparution relevait de l’erreur judiciaire. Fourbe mais pas fou. Et un culot de cynique invétéré. Bernard Le Solleu rapporte que le prévenu a manifesté un regret, « celui de n’avoir pas été alerté sur leurs méfaits [de ses collaborateurs], et Pasqua l’accusé est redevenu Pasqua l’accusateur, dénonçant une instruction à charge. » Il faut oser, non?

Pourtant la seule lecture un peu assidue du Canard Enchaîné aurait pu l’alerter 36 fois. Mais Charles peut-être, se méfie de la presse. Il s’écrit tellement de choses n’est-ce pas? Ou alors, ne sachant ni lire ni écrire, peut-être n’était-il qu’une marionnette manipulée par son entourage. Une marionnette dont Jacques Chirac avait fait son ministre de l’Intérieur tout de même. Rétrospectivement ça fait froid dans le dos, non? Notre grand Charles des Hauts-de-Seine présente donc les mêmes symptômes que Richard Nixon lors de l’épisode peu glorieux du Watergate. Il est à son tour l’œuvre accomplie du principe de Peter. Rattrapé par la procédure judiciaire, l’alors président en exercice des USA tenta de se défendre en plaidant que le cambriolage du siège du parti Démocrate avait été effectué à son insu. Ce à quoi il s’entendit répondre: « soit vous saviez et vous êtes responsable, soit vous ne saviez pas et vous n’aviez rien à faire à ce poste de responsabilité ». Dans les deux cas la responsabilité est totale.

Osons toutefois espérer, puisque manifestement « il n’a pas que des ennemis » dans la composition de la Cour, que celle-ci n’ira pas jusqu’à présenter les excuses de la justice à la malheureuse victime, d’avoir osé la faire comparaitre.

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(1) Le rapprochement peut paraitre abusif. Voire. La lecture du blog de Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au Monde est éclairante. Et notamment cette note du 27 avril: Procès Pasqua, atmosphère.

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