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Georges Ugeux
« Les paradis fiscaux et la crise financière »

Écrit le 7 décembre 2008 par Jiceo

Ces quelque lignes sont nĂ©es de la lecture d’un article de Georges Ugeux « Les paradis fiscaux et la crise financière », ou plus exactement de la lecture des rĂ©actions de lecteurs. L’exposĂ© de l’auteur est pertinent car lucide sur les limites de l’humaine nature: «chaque fois que se ferme une porte, plusieurs fenĂŞtres s’ouvrent» souligne-t-il. Une donnĂ©e d’expĂ©rience pour tenter d’expliquer les limites auxquelles se heurtent les politiques de lutte contre les paradis fiscaux. Limites humaines. Les rĂ©actions de certains lecteurs sont Ă©tonnantes; façon de parler. RĂ©actions humaines.

Étonnants humains que nous sommes, scotchĂ©s Ă  nos reprĂ©sentations, tellement persuadĂ©s que nos reprĂ©sentations incarnent la substance du monde et, l’incarnant, l’Ă©puisent Ă©videmment. Le monde est mauvais. Mais son cours -le sens de l’Histoire?- est d’aller vers le bien. Le règne du bien adviendra dès que le mal aura disparu. La solution? Supprimons les malfaisants. CQFD. VoilĂ  pourtant une vision morbide de la vie puisque son idĂ©al implicite est une sociĂ©tĂ© achevĂ©e, stable dĂ©finitivement, bonne intrinsèquement (le mal a disparu); une sociĂ©tĂ© immuable. AssurĂ© d’incarner le bien on assène son credo comme une Ă©vidence. Puis, perchĂ© sur ce piĂ©destal moral, on accuse « les politiques » d’ĂŞtre incapables de « nous faire un monde »  Ă  l’image que nous nous en faisons du haut de ce petit idĂ©al.

La politique, partie visible de la société

Cette façon de se dĂ©charger soi sur «nos hommes politiques machiavĂ©liques» (Silouane) est toujours une source d’Ă©tonnement, comme si l’activitĂ© politique n’Ă©tait pas la partie visible des sociĂ©tĂ©s humaines dans la multiplicitĂ© de leurs manifestations toujours contradictoires. La politique n’est pas sĂ©parĂ©e de la sociĂ©tĂ©. Elle est le rĂ©vĂ©lateur des virtualitĂ©s Ă  l’Ĺ“uvre en son sein, ici et maintenant. Le danger de l’iceberg tient justement Ă  ce que dissimule son apparence propre et nette, juste sous la surface. Le danger de la politique, partie visible de la sociĂ©tĂ©, tient Ă  ce qu’elle dissimule sous la surface « des grands principes et des grands sentiments »: les faiblesses humaines, qu’elles se nomment mĂ©galomanie, Ă©golâtrie, cupiditĂ©, crĂ©dulitĂ©, jalousie, pusillanimitĂ©… bref les petites turpitudes et les grandes, celles de tous et de chacun. Chacun Ă  son Ă©chelle.

Les sociĂ©tĂ©s humaines sont en permanence travaillĂ©es par des dynamiques centripètes ET des tendances centrifuges. Toutes les sociĂ©tĂ©s humaines. La politique c’est le miroir grossissant de la sociĂ©tĂ©, de ses contradictions. Sinon la dĂ©mocratie n’existe pas; n’a pas de nĂ©cessitĂ©. La politique c’est le lieu oĂą se cristallisent les rĂ©ussites, les avancĂ©es, mais Ă©galement les Ă©checs, voire les reculs d’une sociĂ©tĂ© vivante ; et au final le lieu aussi oĂą se rĂ©vèle son inertie, dans ses multiples modalitĂ©s. Les politiques ce n’est donc pas « eux ». Trop facile. Les politiques c’est « nous » tout autant. Nous les Ă©lecteurs qui nous dĂ©chargeons, et de notre impuissance Ă  rĂ©duire le monde Ă  l’idĂ©al Ă©triquĂ© que nous avons en tĂŞte et de la culpabilitĂ© qu’elle induit, en assignant Ă  « nos Ă©lus » le rĂ´le de bouc Ă©missaire chargĂ© de porter le fardeau de notre honte.

Le grand saut de l’enfer au paradis

Cette façon d’invoquer «la disparition des paradis fiscaux» (BeeHuman) au nom de la morale, «l’humanitĂ© a plus Ă  gagner en Ă©radiquant ces organismes parasites qu’Ă  les laisser perdurer» c’est bien, c’est beau, c’est grand. C’est bien dit. Et après? Comment fait-on pour rĂ©ussir Ă  «éradiquer» et s’assurer qu’une fois fermĂ©es les portes des paradis fiscaux connus, d’autres ne vont pas aussitĂ´t s’ouvrir ailleurs? Les fraudeurs fiscaux une fois leurs repaires habituels fermĂ©s, soudain dĂ©vorĂ©s par la culpabilitĂ© vont venir s’agenouiller et demander pardon? Et après c’en sera fini de la fraude? Après eux, qui auront Ă©tĂ© la dernière gĂ©nĂ©ration des hommes malĂ©fiques, après eux se succèderont pour l’Ă©ternitĂ© des gĂ©nĂ©rations d’hommes bons. Le pourfendeur du mal se garde bien cependant de nous prĂ©ciser comment s’opère le saut qualitatif; le grand saut dĂ©finitif de l’enfer au paradis.

La conclusion d’ailleurs est renversante. «Les politiques sont-ils seulement conscient de cela ?» Bof, Ă  mon humble avis ils le sont, et bien davantage que le commun des mortels y compris ceux qui se croient bien informĂ©s. Ils ont juste en plus une idĂ©e concrète des limites de l’action politique. Il suffit de se remĂ©morer les vagues de protestation qui s’Ă©lèvent systĂ©matiquement depuis des dĂ©cennies chaque fois qu’un projet de rĂ©forme de la sociĂ©tĂ© française voit le jour. Et ça « les politiques » le mesurent concrètement.

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Un commentaire sur “ Georges Ugeux
« Les paradis fiscaux et la crise financière »”

  1. Silouane dit :

    Bonjour,
    « Cette façon de se décharger soi sur «nos hommes politiques machiavéliques» (Silouane) est toujours une source d’étonnement, comme si l’activité politique n’était pas la partie visible des sociétés humaines dans la multiplicité de leurs manifestations toujours contradictoires. »
    Elus aux plus hauts postes pour leur supposĂ©es compĂ©tences et qualitĂ©s, ils devraient ĂŞtre exemplaires mais ce n’est pas souvent le cas.Je me dĂ©charge pas comme on pourrait le penser, je n’ai plus aucun espoir. J’espère me tromper.

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